Musique IA : 97 % des Français ne font plus la différence
Près d’un titre sur deux mis en ligne sur Deezer est généré par IA, et 97 % des auditeurs ne font plus la différence. La Sacem a fait opt-out, 34 552 artistes ont signé la tribune du 7 février 2025 et le Sénat a voté à l’unanimité la loi Darcos.
L'essentiel
- Environ 44 % des nouveaux titres mis en ligne sur Deezer sont générés par IA.
- Deezer reçoit chaque jour environ 75 000 morceaux entièrement synthétiques.
- Les uploads IA quotidiens sont passés de 10 000 à 75 000 en un peu plus d’un an.
- Spotify a retiré plus de 75 millions de titres jugés spam en un an.
- Jusqu’à 85 % des écoutes IA sur Deezer sont identifiées comme frauduleuses.
- Plus de 100 millions de personnes ont déjà créé un morceau avec Suno.
- Suno génère un catalogue équivalent à celui de Spotify toutes les deux semaines.
- Suno a atteint 2 millions d’abonnés payants et environ 300 millions de dollars d’ARR.
- 97 % des auditeurs ne distinguent plus la musique IA de la musique humaine.
- La Sacem a fait jouer son droit d’opt-out dès le 12 octobre 2023.
- 34 552 artistes et auteurs ont signé la tribune publiée le 7 février 2025.
- Sacem et Gema chiffrent à 2,7 milliards d’euros la perte cumulée d’ici 2028.
- 71 % des créateurs craignent que l’IA fasse baisser leurs revenus.
- Plus de 450 pros de la musique ont signé une tribune dans Libération le 25 mai 2025.
- L’Adami défend l’opt-out pour plus de 49 000 artistes-interprètes associés.
- Le Sénat a voté à l’unanimité la loi Darcos le 8 avril 2026.
- Deezer a signé avec la Sacem un accord inédit sur la détection IA le 29 janvier 2026.
- L’outil de détection Deezer a été entraîné sur 94 millions de morceaux.
- La Sacem a collecté un record de 1,704 milliard d’euros en 2025.
- Le marché mondial de l’IA musicale devrait atteindre 5,55 milliards de dollars en 2026.
L’ampleur déjà prise par la musique IA
1. 44 % des nouveaux titres Deezer sont générés par IA
Au printemps 2026, près d’un titre sur deux mis en ligne sur la plateforme de streaming Deezer est entièrement généré par intelligence artificielle. Un an plus tôt, cette part était encore aux alentours de 10 %. La bascule s’est faite en quelques mois.1
2. Environ 75 000 morceaux IA par jour sur Deezer
Deezer reçoit aujourd’hui à elle seule environ 75 000 titres entièrement synthétiques chaque jour, plusieurs fois le volume mis en ligne par les artistes humains.2
3. De 10 000 à 75 000 uploads quotidiens en un an
Les uploads IA quotidiens sur Deezer sont passés d’environ 10 000 en janvier 2025 à 30 000 en septembre, 50 000 en novembre, 60 000 en janvier 2026 puis environ 75 000 en avril 2026. Le rythme est vertigineux.3
4. Spotify a retiré 75 millions de titres spam en un an
Sur une seule fenêtre de douze mois, Spotify a supprimé plus de 75 millions de titres qu’il a qualifiés de spam. Une grande partie correspondait à des uploads IA massifs destinés à manipuler les flux de royalties.4
5. Jusqu’à 85 % des écoutes IA sont frauduleuses
Selon Deezer, la quasi-totalité des écoutes sur les morceaux IA sont manipulées, le plus souvent pour détourner des droits. Ces streams sont exclus des pools de répartition.5
6. 100 millions de personnes ont utilisé Suno
La start-up américaine Suno, basée à Cambridge (Massachusetts), revendique plus de 100 millions d’utilisateurs ayant déjà créé un morceau avec son outil, dont environ 10 millions actifs.6
7. Un catalogue Spotify toutes les deux semaines
D’après un investor pitch deck, Suno génère toutes les deux semaines à peu près autant de musique que ce que contient l’intégralité du catalogue humain de Spotify.7
8. 2 millions d’abonnés payants, 300 millions de dollars d’ARR
En février 2026, Suno a annoncé 2 millions d’abonnés payants et environ 300 millions de dollars de revenus récurrents annuels, contre 200 millions trois mois plus tôt.8
Ce que les auditeurs pensent de la musique IA
9. 97 % ne font plus la différence
Dans une étude Deezer/Ipsos menée auprès de 9 000 personnes dans huit pays, dont la France, 97 % des répondants ont été incapables d’identifier de façon fiable si un morceau avait été composé par un humain ou par une IA.9
La même question se pose partout où les mots doivent sonner personnels. Un discours d’obsèques s’écrit lui aussi souvent avec l’aide de l’IA, et ce qui s’entend, c’est surtout si l’histoire derrière est vraie.
La position française : Sacem, Adami, SCAM et les voix d’artistes
10. La Sacem a fait opt-out dès octobre 2023
Le 12 octobre 2023, la Sacem est devenue l’un des premiers organismes de gestion collective au monde à exercer formellement son droit d’opt-out sur l’exception européenne de text and data mining : toute société voulant entraîner un modèle d’IA sur le répertoire Sacem doit désormais demander une autorisation préalable et négocier les conditions. La Sacem précise que son objectif n’est pas d’interdire l’IA mais de la rendre « vertueuse, transparente et équitable ».10
11. 34 552 artistes ont signé la tribune du 7 février 2025
Publiée dans Le Parisien à la veille du Sommet pour l’action sur l’IA de Paris, la tribune lancée conjointement par l’Adami, la Sacem, la SCAM, la SGDL, l’ADAGP et la Spedidam a recueilli 34 552 signatures d’auteurs et d’artistes. Parmi les signataires figurent Jean-Michel Jarre, Jean-Jacques Goldman, Michel Sardou, Zazie, Jacques Dutronc et Patti Smith. Le texte dénonce « l’utilisation sans notre consentement de notre talent et de notre travail » comme « une atteinte inacceptable au respect de nos œuvres ».11
12. 2,7 milliards d’euros de pertes cumulées d’ici 2028
L’étude conjointe Sacem-Gema publiée le 30 janvier 2024, réalisée avec le cabinet Goldmedia auprès de 15 000 créateurs, conclut qu’à l’horizon 2028 les auteurs et compositeurs pourraient voir leurs revenus diminuer de 27 %, soit une perte cumulée de 2,7 milliards d’euros pour les deux territoires. Le marché mondial de l’IA musicale est lui projeté à 3,1 milliards de dollars en 2028, contre 300 millions en 2023.12
13. 71 % des créateurs craignent une baisse de leurs revenus
La même étude Sacem/Gema indique que 71 % des auteurs et compositeurs interrogés craignent que l’IA générative impacte négativement leurs revenus, et que la moitié estime que l’IA pourrait à terme remplacer une partie de leur activité créative.13
14. 450 professionnels signent une tribune dans Libération
Le 25 mai 2025, plus de 450 artistes et professionnels de la musique, en grande majorité indépendants, publient dans les pages de Libération un appel intitulé « Ne laissons pas l’IA tuer la création musicale ». Ils refusent « le laisser-faire technologique » et demandent un plan de sauvegarde de la création humaine, rappelant que 80 % des nouvelles musiques proviennent de petites structures, premières exposées au déferlement IA.14
15. L’Adami défend l’opt-out de 49 000 artistes-interprètes
L’Adami, la société des artistes-interprètes, exerce un droit d’opposition à l’utilisation des enregistrements pour l’entraînement d’IA générative au nom de plus de 49 000 associés. Elle réclame en parallèle la transparence des données d’entraînement et un partage de valeur garanti par la loi.15
16. La SCAM impose des clauses types IA aux producteurs
En novembre 2025, la SCAM a publié des clauses types pour les contrats d’auteurs et de producteurs visant à interdire toute reproduction ou adaptation des œuvres audiovisuelles par des systèmes d’IA sans autorisation expresse. La SCAM, qui a collecté plus de 124 millions d’euros de droits en 2024, juge le « Code de bonnes pratiques » européen sur les modèles à usage général largement insuffisant.16
Le cadre légal : loi Darcos, AI Act et autorités françaises
17. Le Sénat adopte à l’unanimité la loi Darcos
Le 8 avril 2026, le Sénat a adopté à l’unanimité la proposition de loi de la sénatrice Laure Darcos instaurant une présomption d’exploitation des contenus culturels par les fournisseurs d’IA. Le texte renverse la charge de la preuve : en cas de litige, c’est au fournisseur d’IA de démontrer qu’il n’a pas utilisé les œuvres protégées. La proposition est désormais transmise à l’Assemblée nationale.17
18. La CNIL et l’Arcom désignées comme régulateurs IA
Le règlement européen sur l’IA est entré partiellement en application le 2 février 2025 : certaines pratiques sont interdites et l’obligation de « culture IA » pèse sur les employeurs. Depuis le 2 août 2025 s’appliquent aussi les règles sur les modèles à usage général. En France, le projet d’organisation présenté par Bercy fait de la CNIL le régulateur des systèmes à haut risque et de l’Arcom le superviseur des systèmes générant des contenus synthétiques (deepfakes, voix clonées, textes publiés à des fins d’information). Le règlement complet entrera en vigueur le 2 août 2027.18
Deezer pionnier de la détection et accord historique avec la Sacem
19. Accord inédit Deezer-Sacem sur la détection IA
Le 29 janvier 2026, Deezer et la Sacem ont annoncé un accord commercial inédit : la Sacem licencie l’outil de détection de musique IA développé par Deezer. L’outil, breveté, a été entraîné sur 94 millions de morceaux et reconnaît les signatures audio caractéristiques de Suno, Udio et autres générateurs. Selon le PDG de Deezer Alexis Lanternier, jusqu’à 85 % des écoutes IA détectées sont frauduleuses ; en 2025, Deezer a démonétisé plus de 13,4 millions de morceaux IA et discute désormais avec d’autres OGC européennes.19
20. La Sacem collecte un record de 1,704 milliard d’euros
En 2025, la Sacem a collecté un record de 1,704 milliard d’euros, dont 845 millions à l’international (+13 %) et 859 millions en France. Elle a réparti 1,502 milliard d’euros à 663 000 créateurs et éditeurs dans le monde. Côté marché français, le SNEP a annoncé un chiffre d’affaires record de 1,031 milliard d’euros en 2024 pour la musique enregistrée, dont 664 millions issus du streaming. Les analystes de The Business Research Company tablent sur un marché mondial de l’IA musicale passant de 4,48 milliards de dollars en 2025 à 5,55 milliards en 2026, une fraction encore modeste mais explosive de l’économie musicale.20
Questions fréquentes
Quelle part de la musique nouvelle est générée par IA ?
Sur la plateforme de streaming Deezer, environ 44 % des nouveaux titres mis en ligne sont générés par IA, soit près de 75 000 morceaux entièrement synthétiques par jour. Les uploads IA quotidiens sont passés de 10 000 à 75 000 en un peu plus d’un an.
Peut-on distinguer la musique IA de la musique humaine ?
Non. Dans une étude Deezer/Ipsos menée auprès de 9 000 personnes dans huit pays dont la France, 97 % des auditeurs ont été incapables d’identifier de façon fiable si un morceau avait été composé par un humain ou par une IA.
Que fait la Sacem contre la musique IA ?
Dès le 12 octobre 2023, la Sacem a exercé son droit d’opt-out : toute société voulant entraîner un modèle d’IA sur son répertoire doit demander une autorisation préalable. Le 29 janvier 2026, la Sacem a aussi signé un accord inédit pour licencier l’outil de détection IA de Deezer, entraîné sur 94 millions de morceaux.
Combien la musique IA pourrait-elle coûter aux créateurs français ?
L’étude Sacem-Gema chiffre à 2,7 milliards d’euros la perte cumulée d’ici 2028 pour les deux territoires, avec une baisse de revenus pouvant atteindre 27 %. 71 % des créateurs interrogés craignent que l’IA fasse baisser leurs revenus.
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Sources
- Deezer Newsroom (newsroom-deezer.com)
- Music Week (musicweek.com)
- Music Business Worldwide (musicbusinessworldwide.com)
- Spotify Newsroom (newsroom.spotify.com)
- Next (next.ink)
- Business of Apps (businessofapps.com)
- Billboard (billboard.com)
- TechCrunch (techcrunch.com)
- Deezer Newsroom / Ipsos (newsroom-deezer.com)
- Sacem (societe.sacem.fr)
- ADAGP (adagp.fr)
- CISAC (ciamcreators.org)
- CNews (cnews.fr)
- Tsugi (tsugi.fr)
- Adami (adami.fr)
- SCAM (lascam.fr)
- Franceinfo (franceinfo.fr)
- CNIL (cnil.fr)
- Deezer Newsroom (newsroom-deezer.com)
- Billboard France (fr.billboard.com)
Lena Brandt